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CHAPITRE
III
LE
FINANCEMENT DU COMMERCE Extérieur
Le financement du
commerce extérieur est probablement de tous ceux dans lesquels l'État
intervient, celui dont les procédures, à l'été de 1984,
apparaissaient les plus complexes, les plus foisonnantes et les plus
inadaptées.
Le
coût budgétaire des procédures d'aide présentait par ailleurs la
caractéristique d'être à la fois considérable et non maîtrisé ;
cette situation était la conséquence de l'insuffisance du suivi budgétaire
qui avait conduit à des dérapages particulièrement lourds et qui,
constatés des années après la décision d'engagement des dépenses,
ne pouvaient plus être corrigés.
De
ce fait, l'effort de l'État malgré son importance ne pouvait être mis
au service d'une stratégie claire de soutien à l'exportation, les
objectifs ne pouvant être suffisamment hiérarchisés.
A
partir d'un constat sans indulgence des procédures de financement du
commerce extérieur, les réformes intervenues au cours des 18 derniers
mois se sont articulées autour de deux principes :
LE
CONSTAT
Le financement du
commerce extérieur présentait traditionnellement en France les caractéristiques
suivantes :
-
les
procédures étaient complexes et figées ;
-
le
soutien de l'État était coûteux ;
-
le
dispositif d'aide n'était géré ni en prévision, ni en exécution ;
-
enfin, les hiérarchies
ne transparaissaient pas clairement.
Des
procédures complexes et figées
La variété des procédures
est, dans une certaine mesure, la traduction de la multiplicité des
objectifs suivis par tout dispositif de soutien au commerce extérieur ;
il s'agit en effet, à la fois :
-
de
garantir l'exportateur contre les risques de défaillance des débiteurs
:
avant la livraison des matériels ou des équipements ou l'achèvement
d'un chantier, le marché peut être interrompu ; après, le remboursement
du crédit peut souffrir de délais ou ne pas intervenir;
-
d'aider
l'exportateur à gagner un contrat, en
lui permettant d'avoir accès à des financements aux conditions
avantageuses qu'il peut proposer à ses clients ;
-
de
prémunir l'exportateur contre dIfférents risques qui peuvent advenir
durant la vie d'un contrat : risques
de change pour les exportations libellées dans des devises étrangères,
risque de dérapage des prix pendant la période de fabrication d'équipements
dont le prix de vente à l'exportation a été fixé à l'avance.
Toutefois, si la
multiplicité des objectifs poursuivis est une caractéristique commune
à l'ensemble des dispositifs nationaux de soutien au commerce extérieur
dans les grands pays industrialisés, le système français se
singularisait par les traits suivants : une couverture des risques
particulièrement étendue, des procédures foisonnantes, des
financements enchevêtrés faisant intervenir à la fois les banques, la
Banque française du commerce extérieur, la COFACE et la Banque de
France.
Complexes,
les procédures de financement du commerce extérieur apparaissaient également
figées :
-
les crédits à
l'exportation, dont le développement s'était réalisé en période de
taux d'intérêt élevés, demeuraient consentis exclusivement à taux
fixe, alors que le mouvement général de désinflation eût justifié
que leur soient substitués des concours à taux variables ;
-
de même, le
refinancement de ces crédits était resté sous la responsabilité
exclusive d'organismes publics, dispensateurs de subventions et
pourvoyeurs de ressources longues, alors que le marché est aujourd'hui
en mesure de répondre pour une large part à ces deux exigences de compétitivité
;
-
par ailleurs, les
garanties spécifiques, mises en place dans le passé en raison de
l'absence de mécanisme de marché susceptibles d'offrir des services équivalents
(garantie de change) ou en raison de la persistance d'un différentiel
d'inflation élevé avec nos principaux concurrents (garantie du risque
économique) ne correspondaient plus guère aux besoins ;
-
enfin, la gestion des
garanties délivrées par la compagnie française d'assurance pour le
commerce extérieur (COFACE) se trouvait confrontée à la
multiplication des sinistres politiques de grande ampleur, nés pour
l'essentiel de la crise de l'endettement des pays du Tiers Monde qui
sont nos principaux débiteurs.
En
d'autres termes, les procédures de financement du commerce extérieur
enregistraient un décalage de plus en plus important par rapport aux
caractéristiques de l'environnement économique et financier des années
80.
Un
soutien de l'État coûteux
Les divers mécanismes
de soutien du commerce extérieur se traduisaient par des coûts immédiats
ou potentiels très considérables pour les finances publiques :
-
le montant des
bonifications d'intérêt versées aux banques qui financent des
exportations de biens d’équipement et qui sont égales à la différence
entre les taux de marché en France et les taux du consensus de l’OCDE
(accord international fixant les taux minima des crédits à
l'exportation), reste très élevé en dépit de la baisse des taux
d’intérêt : ceci est la traduction du poids des crédits anciens qui
furent octroyés à une époque où les taux internes étaient très supérieurs
aux taux du consensus. Le montant des bonifications est par ailleurs
toujours à la merci d’une nouvelle flambée des taux d'intérêt dans
le monde qui ne serait pas immédiatement compensée par un relèvement
des taux du consensus ;
-
le
développement accéléré des garanties de change délivrées par la
COFACE, lié à un usage croissant du dollar dans les exportations de
biens d’équipement, faisait également peser sur les finances
publiques de lourdes menaces pour l'avenir : en effet, si la hausse du
dollar a permis d'enregistrer, au cours des années récentes, des gains
de change considérables, l’appréciation du franc, vis-à-vis de la
devise américaine, risquait de se traduire, à terme rapproché, par
des pertes non moins importantes que le budget de I’État devra
compenser dans les comptes de la COFACE ;
-
enfin,
la généralisation des sinistres indemnisés par la COFACE, suite aux défauts
de paiement de débiteurs devenus insolvables et dont les dettes doivent
être rééchelonnées (ou «consolidées») menace en permanence l'équilibre
financier de l'assurance crédit.
Un
dispositif non géré
Le secteur de
l'exportation était caractérisé par une insuffisance de la préoccupation
budgétaire, en dépit du coût du dispositif d'aide pour les finances
publiques. Dans de nombreux cas, les mécanismes d'information
n'existaient pas ; souvent, il n'était pas possible de connaître le coût
pour le budget de l'État ou pour la balance des paiements, de telle ou
telle décision portant sur un grand contrat.
Cette
situation n'était pas acceptable, car la prise de décision ne pouvait
être fondée sur une analyse exhaustive des différents paramètres à
prendre en compte.
Des
hiérarchies insuffisamment précisées
Le dispositif de
financement du commerce extérieur privilégiait, dans la pratique, les
grandes opérations par rapport aux exportations petites et moyennes et
les contrats de biens d'équipement par rapport au commerce courant.
Par
ailleurs, notre commerce extérieur restait largement orienté, vers des
marchés peu porteurs ou à la solvabilité douteuse.
Ces
orientations ne correspondaient certes pas à des choix stratégiques
clairement affichés. En fait, l'absence de hiérarchisation des priorités
caractérisait notre dispositif de soutien, qui suivait, dans les faits,
«la ligne de plus grande pente».
Complexe,
vieilli, coûteux et de plus en plus inefficace, le dispositif de
soutien aux exportations devait être simplifié, modernisé, mieux
encadré sur le plan budgétaire et dynamisé.
Rendues
possibles par la décrue des taux d'intérêt, par la décélération de
l'inflation et par l'émergence de nouveaux instruments de marché comme
par la bonne tenue du franc sur les marchés des changes, les réformes
du financement du Commerce Extérieur, ont été conduites avec le souci
constant de rendre plus compétitives les procédures concernées, sans
déperdition de services pour les exportateurs et à un coût du service
rendu très proche de ce qu'il était auparavant.
Ces
réformes ont été précédées de rapports d'experts : rapport de M.
Esteva sur le coût des aides aux grands contrats, rapport de M.
Heilbronner sur la garantie du risque économique, rapport de M. Huet
sur le dispositif de soutien au commerce courant. Les conclusions de ces
rapports ont largement inspiré les réformes décidées.
AMéLIORER
LA GESTION ET DéVELOPPER LES PROCéDURES BUDGéTAIRES
Les
procédures de soutien au commerce extérieur étaient à la mi-1984
tellement nombreuses, foisonnantes et peu maîtrisées, que la priorité
absolue était d'en reprendre un contrôle clair. A cet égard, la mise
en place de procédures budgétaires aussi élémentaires que l'élaboration
de tableaux de bord, ou d'indicateurs permettant de connaître le coût
des décisions prises, peut être considérée comme une sorte de «degré
zéro» de la gestion : avant de s'engager dans des réformes ambitieuses
ou fines (cf. le développement des mécanismes de marché), il était
indispensable que ces procédures fassent l'objet d'un contrôle budgétaire.
Différentes
mesures ont donc été prises en ce sens, certaines symboliques et
d'autres plus substantielles, mais toutes destinées à clarifier la
gestion.
La
surveillance des engagements budgétaires
Dans
le domaine de l'exportation, la décision stratégique qui engage les
finances publiques est la promesse de garantie délivrée par la
commission des garanties et du crédit au commerce extérieur, instance
créée par la Loi du 5 juillet 1949. La promesse de garantie est pour
l'exportateur l'assurance que son opération, si elle est conclue, sera
assurée par la COFACE et qu'elle sera financée grâce à un crédit
dans des conditions fixées à l'avance.
Certes,
les négociations commerciales n'aboutissent pas toujours entre
l'exportateur et son client et les promesses de garantie ne se concrétisent
donc pas nécessairement en délivrance de polices d’assurance et en
mise en place de financements. La promesse, cependant, engage irrévocablement
l'État qui ne peut s'y soustraire durant toute sa période de validité.
C'est dire l'importance des décisions prises par la commission des
garanties pour la conduite des finances publiques.
Or,
curieusement, la préoccupation budgétaire n'était pas prise en compte
explicitement dans ses délibérations, comme devait le remarquer dans
son rapport M. Esteva.
Deux
mesures ont été prises, en décembre 1985, pour remédier à cet état
de fait :
-
la plus symbolique a
incontestablement été l'introduction de la direction du Budget à la
commission des garanties : c'était le témoignage que la composante
budgétaire ne pouvait être absente de la décision en matière de
couverture de risques ou de définition de conditions de financements ;
-
par ailleurs, un
tableau de bord des engagements pris dans le domaine du commerce extérieur
a été institué, de manière à suivre en temps réel l'évolution du
coût pour les finances publiques des décisions prises.
La
gestion des accords de consolidation des dettes publiques et garanties
Depuis quelques années,
de nombreux États ont connu des difficultés financières, momentanées
ou durables, pour rembourser les crédits qu’ils nous devaient. La
question fondamentale qui se pose pour chaque cas a donc été de savoir
si ces retards de paiement étaient :
-
provisoires, auquel cas
il convenait de procéder à un étalement du remboursement dont on peut
penser qu'il sera, malgré tout, effectif à une date ultérieure ;
-
ou définitifs, auquel
cas il convenait de comptabiliser la perte immédiatement.
La
tentation est naturellement grande, pour des raisons budgétaires, de ne
pas enregistrer comme définitives certaines pertes ; il convient néanmoins,
pour des raisons de vérité des comptes, de ne pas céder à cette
tentation. C'est le sens des réformes mises en oeuvre qui ont toutes eu
un objet de clarté et d'authenticité des comptes.
Les
techniques de consolidation de dettes
Les accords de
consolidation de dettes sont des accords intergouvernementaux par
lesquels un État créancier consent à un pays débiteur momentanément
insolvable des délais pour rembourser les prêts du Trésor ou les crédits
garantis qui lui ont été accordés.
Les
conditions générales de ces accords (champ d'application, quotité de
la consolidation, délais de remboursement) sont négociées avec le
pays débiteur par l'ensemble des pays créanciers, réunis dans une
enceinte informelle appelée «Club de Paris» et présidée par la
direction du Trésor. Chaque pays créancier signe ensuite un accord
bilatéral avec le débiteur.
La
technique du refinancement appliquée en France est un mécanisme par
lequel la Banque de France accorde un prêt à l'État débiteur défaillant
afin de lui permettre de procéder au règlement de ses dettes impayées.
Ce prêt, accordé par la Banque de France pour des raisons de
signature, est en réalité refinancé par la BFCE.
Appréciations
et réformes :
Ce dispositif présentait
à l'expérience deux types d'inconvénients :
-
le
principal tenait à l'absence de clarté budgétaire,
qui résultait de l'articulation des rôles respectifs de la Banque de
France, de la BFCE, de la COFACE et de l'Etat. Le mécanisme de
refinancement efface en effet toute trace de sinistre dans les comptes
de la COFACE ; l'État, qui solde les comptes de la COFACE, n'a donc pas
à supporter la charge des créances impayées. En revanche, la BFCE,
qui s'est procurée les ressources correspondant au prêt de
refinancement avec la garantie de l'État, inscrit à son bilan
l'ensemble des échéances consolidées. Tant que la probabilité de récupération
des échéances consolidées est forte, ce dispositif de portage par la
BFCE est légitime. Si, en revanche, comme l'expérience le démontre,
la proportion des créances très probable- ment irrécouvrables a
tendance à croître (de plus en plus de pays demandent la consolidation
d'échéances déjà consolidées), alors les limites d'un mécanisme
qui décharge la COFACE et l'État de pertes pratiquement certaines
apparaissent clairement;
-
le deuxième inconvénient
relevait du partage du risque entre l'État et l'assuré : dans le
système en vigueur depuis 1981, dès lors que les créances sont
refinancées par la BFCE, l'assuré ne supporte plus le poids de la
quotité non garantie par la COFACE, c'est-à-dire du pourcentage des échéances
traditionnellement laissé à sa charge. Il en résultait une déresponsabilisation
de l'exportateur, qui n'était incité ni à prévenir ni à guérir les
sinistres.
Deux mesures ont été
prises pour corriger ces anomalies :
-
d'une part, il a été
décidé d'exclure du bénéfice du refinancement par la BFCE les créances
considérées comme les plus menacées et dont la probabilité de récupération
est très faible. Celles-ci seront désormais rééchelonnées par la
COFACE et donc supportées intégralement par le budget de l'État. Des
critères objectifs ont été définis pour tracer la frontière la plus
vraisemblable entre créances récupérables et créances définitivement
sinistrées ;
-
d'autre part, la quotité
non garantie a également été exclue de l'assiette du refinancement.
Les assurés conserveront ainsi à leur charge la quotité non garantie
et seront, par conséquent, davantage intéressés aux risques.
Au
total, les mesures prises ont donc visé la vérité des comptes budgétaires
par l'imputation immédiate de charges considérées comme inévitables
à terme.
La
garantie du risque économique
Initialement
créée pour garantir les exportateurs contre des évolutions de prix
imprévues, la procédure dite de garantie du risque économique était
devenue, au gré de l'évolution de l'inflation :
Autrement
dit, cette procédure avait subi le sort d'un grand nombre d'autres procédures
en faveur de l'exportation : elle n'était plus maîtrisée du fait de l'évolution
souvent erratique des divers paramètres.
Les
réformes entreprises ont visé :
-
à
définir une doctrine d'utilisation ;
-
à assurer une révision
périodique des différents paramètres pour garantir que cette doctrine
d'utilisation se traduise bien dans les faits ;
-
à définir les éléments
d'un contrôle budgétaire.
La
nature de la procédure :
La
garantie du risque économique est une procédure publique visant à
couvrir les exportateurs, dans le cas de grands contrats à
l'exportation, contre le risque de hausse imprévue et anormale de leurs
coûts de production pendant la période d'exécution du contrat. Le but
est de leur permettre de proposer à leurs clients étrangers des prix
fermes et de se placer ainsi à égalité avec leurs concurrents dans la
compétition internationale.
La
garantie ne couvre pas, bien entendu, toute la hausse des prix : elle
n'indemnise de la hausse des prix qu'au-delà d'un niveau de franchise
qui est censé correspondre à l'inflation normale que l'exportateur
doit pouvoir prévoir et inclure dans ses prix, sous forme de provisions
ou de clauses de révision.
La
fixation du niveau de cette franchise est l'élément déterminant de l'économie
de la garantie du risque économique. Pour un niveau de prime donné, l'équilibre
budgétaire de la gestion de ce mécanisme d'assurance en dépend en
effet. Si la franchise est fixée à un niveau très élevé, la
probabilité que la garantie joue est faible ; en revanche, si elle est
très basse, la garantie joue fréquemment et sa gestion devient déficitaire.
Or,
le niveau de la franchise était fixé de manière relativement
arbitraire, sans prise en considération de son coût budgétaire
potentiel.
C'est
pourquoi une enquête sur le niveau auquel il conviendrait de fixer la
franchise pour que le régime soit équilibré a été demandée à M.
Heilbronner, inspecteur général des finances, en 1985. Elle a fait
apparaître que la franchise avait été nettement inférieure à
l'inflation de 1971 à 1976, que l'écart s'était réduit de 1976 à
1982 et que, depuis lors, elle était régulièrement supérieure à
l'inflation mondiale. La procédure avait donc eu pendant la première période
un caractère nettement subventionnel, qui s'était effrité depuis 1976
et avait disparu depuis 1982.
Au
total, c'est dans une certaine mesure le hasard des choses (évolution
de l'inflation d'une part, inertie des décisions tendant à ajuster le
niveau de la franchise d'autre part), qui expliquait le caractère
fortement subventionnel jusqu'en 1982 (dont le coût budgétaire a pesé
lourdement sur les budgets successifs et va encore peser sur le budget
de 1986) puis la disparition de tout aspect subventionnel depuis cette
date.
Définition
d'une doctrine d'emploi
La franchise retenue
doit être non subventionnelle : le mécanisme de la garantie du risque
économique est un mécanisme d'assurance et non de subvention. Pour
cela il convient d'ajuster régulièrement le niveau de cette franchise.
U n indice est fixé et sera revu tous les ans. Pour 1986, la franchise
est fixée à 4,35% hors prime.
L'instrument
est donc maintenu, mais son caractère d'assurance est renforcé
(neutralité budgétaire).
Gestion
de la procédure
Par ailleurs, la
lourdeur des mécanismes purement administratifs de la procédure de la
garantie du risque économique avait conduit à l'accumulation de
retards de paiement aux entreprises, estimés à 4 à 6 Mds F. Une telle
situation était profondément anormale : il n'était pas admissible que
l'État ne paie pas strictement les dettes qu'il avait contractées auprès
des entreprises ; ces retards faisaient peser une lourde menace sur les
budgets à venir. Aussi, à la suite d'un autre rapport de l'inspection
générale des finances, il a été décidé, pour les nouvelles polices
de garantie du risque économique, de procéder à une simplification
drastique du système (forfaitisation des indemnisations, contrôle a
posteriori et non a priori, etc.).
Ces
mesures mises en oeuvre à la fin 1984, ont commencé à porter leurs
fruits. On peut estimer que les retards de paiement aux entreprises intéressées
auront disparu dès 1987.
Mesures
diverses de rééquilibrage de l'assurance-crédit
Le mécanisme de
l'assurance-crédit était également caractérisé par la confusion
existant entre l'assurance et la subvention. Trop souvent devenaient
subventionnelles des procédures qui avaient été conçues à l'origine
dans un but d'assurance. Inversement, des procédures de soutien public
aux exportations s'éteignaient faute d'ajustement des différents paramètres
constitutifs.
Ici
encore, il convenait de clarifier les choses : les procédures
d'assurance devaient être rééquilibrées par le relèvement des
primes et une réduction de quotité garantie. Les mesures suivantes ont
été prises à cet effet.
Les
primes d’assurance-crédit ont été relevées
La croissance des
sinistres, leur faible couverture par les primes (30 à 40 % selon les
années) et le mouvement général de hausse des tarifs de
l'assurance-crédit constaté chez nos partenaires, ont justifié un relèvement
de 15 % du barème général des primes d'assurance-crédit en août
1985. La mesure, applicable aux nouvelles polices, a été modulée afin
de tenir compte des différences de risque selon la catégorie de pays :
les primes sur les pays à la solvabilité douteuse ont ainsi été
augmentées plus fortement, de manière à inciter les exportateurs à
redéployer leurs efforts de prospection vers les marchés plus
prometteurs et plus sûrs.
Le
régime des quotités garanties du secteur du bâtiment et des travaux
publics a parallèlement été réformé
Le secteur du BTP présente
en effet deux particularités au regard des mécanismes de
l'assurance-crédit :
-
les sinistres y sont très
importants, ainsi, la part de ce secteur dans les indemnités versées
en 1983 et 1984 au titre de la garantie du risque de fabrication a représenté
plus de 85 % du total des indemnités tous secteurs confondus ;
-
en dépit de cela, le régime
des primes applicable aux contrats de BTP est traditionnellement plus
favorable que celui de droit commun.
Les
décisions prises ont consisté :
-
à moduler la quotité
du contrat couverte par la garantie en fonction de la part rapatriable
lorsque celle-ci est comprise entre 20 et 50 % (la part rapatriable d'un
contrat est la part de ce contrat qui revient à des entreprises françaises,
par opposition aux dépenses locales et à la part importée) ;
-
à réduire
proportionnellement à cette modulation les primes perçues ; à
autoriser, à titre exceptionnel, l'exportateur à souscrire une
co-assurance complémentaire à celle de la COFACE auprès d'autres
assureurs, et ce, jusqu'à une couverture de 90% du contrat.
DéVELOPPER
LA CONCURRENCE ET LE RôLE DES MéCANISMES DE MARCHé
Les procédures de
financement du commerce extérieur reposaient exclusivement sur des mécanismes
administrés. Le marché jouait un rôle des plus limités :
-
la couverture des
risques était assurée par des garanties dont l'équilibre, en dernier
ressort, était supporté par l'Etat ;
-
les
taux des prêts étaient fixés sans référence aux conditions du marché
;
-
le
contrôle des changes limitait les possibilités d'implantation des
entreprises françaises à l'étranger ;
-
la
concurrence était peu développée ;
-
la BFCE jouissait dans
certains domaines d'une situation de monopole.
Le
développement de la concurrence et du rôle des mécanismes de marché
répondait donc, au-delà de la préoccupation budgétaire, à une nécessité
très profonde: donner aux entreprises françaises exportatrices
l'opportunité d'accéder aux financements et aux techniques de
couverture des risques les plus performants pour lutter efficacement
dans la compétition internationale.
La
gestion des garanties de change
Lorsqu'un exportateur
qui libelle ses factures en monnaies étrangères souhaite éviter de
prendre un risque de change, il a la possibilité de recourir à trois
types de mécanismes :
-
un
mécanisme d'assurance, géré par la COFACE ;
-
une
couverture à terme sur le marché ;
-
la recherche d'une
contrepartie directe à son risque de change par accord (dit de face à
face) avec une entreprise courant le risque inverse.
Dans
le cas des garanties gérées par la COFACE, le risque de change est
assumé intégralement par l'assureur. A la mi-1985, la COFACE gérait
pour le compte de l'Etat un portefeuille de garanties de change d'un
montant considérable (plus de 20 Mds de F.).
Les
réformes engagées ont visé à favoriser le recours aux instruments de
couverture des risques fournis par le marché, instruments qui se sont
multipliés et sophistiqués au cours des dernières années. Cette
orientation a été appliquée directement à la gestion du risque de
change de la COFACE ; elle est allée de pair avec une autre réforme qui
a visé à faciliter les opérations de face à face.
La
gestion du risque de change de la COFACE
Les créances à
l'exportation garanties par la COFACE sont pour une part importante
libellées en dollars. Cette situation a permis à la compagnie de réaliser,
à la suite de l'appréciation très importante de cette devise, des
gains de changes importants.
Mais
l'ampleur des fluctuations du dollar fait peser en permanence sur les
comptes de la COFACE et donc sur le budget de l'État des risques très
importants, que la baisse de la devise américaine à partir du début
de l'année 1985 précipitait.
La
réforme a donc consisté à substituer à la prise en charge passive
par le budget de l'État du risque de change de la COFACE telle
qu'elle était pratiquée jusqu'alors, une gestion active de ce
risque chaque fois que les instruments de marché permettaient de dégager
la COFACE des aléas du change.
En
pratique, il a été décidé :
-
pour les contrats
anciens, que la COFACE vendrait à bref délai son stock de garanties de
change. L'arbitrage par la COFACE de la quasi totalité de son risque au
cours des quatre derniers mois de 1985 a permis ainsi de sécuriser près
de 2 Mds de dollars d'échéances ;
-
pour les contrats
nouveaux, que serait développée l'utilisation des techniques de marché
(ventes à terme, options sur devises), afin que la COFACE adosse au
maximum les garanties de change qu'elle délivre, assurant ainsi par
construction la neutralité budgétaire de la procédure. Reposant sur
une analyse probabiliste, la nouvelle tarification des garanties de
change résultant de cet adossement au marché n'a pas entraîné de
surcoût pour l'usager, à égalité de service rendu. Au contraire,
elle a autorisé plus de souplesse dans l'utilisation des garanties
(sortie du système, remboursement partiel de la prime en cas de non
succès).
Au
terme de cette réforme, la gestion du risque de change de la COFACE a
été radicalement transformée : les exportateurs n'y ont rien perdu, le
budget de l'État s'est allégé d'un risque majeur; la COFACE, qui a développé
une expertise nouvelle, contribue à animer le marché des options sur
lequel elle est devenue, en peu de temps, le premier intervenant.
Le
face à face
Dans le cadre d'opérations
en devises, de montant élevé et comportant des échéances éloignées,
les ventes à terme ne sont pas toujours possibles. La BFCE a été
invitée à intervenir dans ces cas-là de rechercher des contreparties
endettées en devIses et de facIlIter la réalisation d’opérations de
face à face.
Le
régime des crédits à l'exportation
Les mécanismes régissant
les crédits à l'exportation en France sont traditionnellement
complexes. Ils sont mis en oeuvre au plan interne en plusieurs étapes
et de façon non linéaire par une série d'intervenants financiers et
s'insèrent au plan international dans un accord (consensus de l'OCDE)
qui en définit les lignes directrices. :
Au
plan interne, on distinguait schématiquement trois étapes successives
dans la mise en oeuvre de ces crédits avec des «ruptures de charge»
significatives entre les intervenants financiers :
- la
période de fabrication, au cours de laquelle étaient accordés des
crédits de préfinancement, à taux administrés et quelquefois
subventionnés ;
- la
période de crédit à moyen terme (jusqu'à 7 ans), pour laquelle
les banques avaient la faculté de réescompter auprès de la Banque
de France une certaine quotité de crédits à l'exportation (cette
part, dite mobilisable, était réescomptée à un taux spécial de
7,5 %) ;
- la
période de crédit à long terme (au-delà de 7 ans), durant laquelle
la BFCE intervenait directement sur ressource obligataire et recevait
une bonification.
Au
plan international, le consensus de l'OCDE est un accord qui définit
les lignes directrices relatives aux conditions de base des crédits à
l'exportation : durée, acomptes et surtout taux d'intérêt minima des
crédits quand ceux-ci bénéficient d'une aide financière publique.
Ces taux varient selon les délais de remboursement et le pays
destinataire; les pays sont pour cela classés en trois catégories :
pays relativement riches (catégorie I) ; pays intermédiaires (catégorie
Il) ; pays relativement pauvres ( catégorie III).
La
matrice des taux du consensus est, depuis le 15 janvier 1986, la
suivante :
Durée
de remboursement
|
|
2
à 5 ans
|
5
à 8 ans ½
|
8
ans ½ à 10 ans
|
|
Catégorie
I
Catégorie
II
Catégorie
III
|
10,95
%
9,65
%
8,80
%
|
11,20
%
10,15
%
8,80
%
|
Sans
Objet
Sans
Objet
8,80
%
|
Ces
mécanismes présentaient de nombreux inconvénients :
-
leur complexité, tout
d'abord, qui résultait de l'enchevêtrement des interventions des différents
organismes ;
-
l'existence
de bonifications qui n'étaient plus justifiées par le niveau des taux
d'intérêt internes ;
-
le
caractère automatique des refinancements ;
-
l'absence de
concurrence entre établissements de crédit.
Plusieurs
facteurs ont permis d'engager une profonde révision des mécanismes de
financement des crédits à l'exportation : la baisse des taux de marché
en France, le rapprochement régulier des taux de la matrice du
consensus et des taux d'intérêt internes, le développement des
compartiments à moyen et long terme des marchés monétaire et
financier.
Les
réformes engagées ont donc consisté à :
-
favoriser
la concurrence entre établissements bancaires par le développement des
crédits en garantie pure,
-
unifier les modes de
refinancement en supprimant les concours automatiques des intervenants
traditionnels (Banque de France, BFCE),
-
supprimer
les bonifications systématiques quand le marché permettait d'offrir
des taux d'intérêt aussi compétitifs que par le passé (préfinancement,
moyen terme )
Le
développement de la garantie pure (
catégorie I)
Il s'est agi de développer
les crédits garantis par la COFACE mais non bonifiés par l'État (crédits
en garantie pure).
Pour
les pays de la catégorie I du consensus, le système bancaire est désormais,
compte tenu de la baisse des taux d'intérêt en France, en mesure de
proposer des crédits à l'exportation à des conditions de marché plus
attrayantes que celles de l'accord de l'OCDE. Le maintien d'un guichet
administré de financement des exportations pour cette catégorie de
pays ne se justifiait plus.
Il
a donc été décidé, le 24 décembre 1985, de supprimer l'intervention
de la Banque de France et de la BFCE dans le refinancement des crédits
à l'exportation. Les banques distribueront les crédits pour les pays
de la catégorie I sans soutien de l'État, en garantie pure, la COFACE
se bornant à assurer le banquier contre le risque d'insolvabilité du débiteur.
Cette
réforme devrait permettre la libre négociation des taux des crédits
entre les exportateurs et leurs banquiers ; la concurrence pourra
notamment porter sur le niveau des marges, fixé forfaitairement à 1 %
dans le cadre des crédits bonifiés.
Toutefois,
dans le cas où de tels financements en garantie pure ne pourraient être
mis en place par les banques, les exportateurs pourront se retourner
vers la BFCE, qui est habilitée à financer intégralement, pour le
compte de l'État, les opérations refusées par le système bancaire.
Ces opérations bénéficieront alors des conditions de crédit du
consensus.
Le
succès de cette réforme sera facilité par le relèvement de la quotité
garantie de ces crédits à 95 %, niveau jusqu'alors réservé aux crédits
aidés par l'État.
La
suppression du refinancement par la Banque de France pour les crédits
à moyen terme (catégories
II et III)
Le
refinancement par la Banque de France des crédits à moyen terme présentait
trois inconvénients principaux : il compliquait le système de
financement de l'exportation en faisant intervenir l'Institut d'émission
aux côtés des banques et de la BFCE ; il faisait supporter à la
Banque centrale des charges qui relèvent clairement du budget de l'État
; enfin, il constituait un obstacle à l'évolution des techniques
d'intervention de la Banque de France vers une politique de marché
ouvert, dans laquelle la régulation du marché se fait à des
conditions non automatiques et par un refinancement de titres négociables.
C'est pourquoi il a été
décidé, le 29 janvier 1986 :
-
-de
supprimer l'intervention de la Banque de France sous forme d'escompte à
taux privilégié de la part mobilisable des crédits acheteurs ou
fournisseurs ;
-
de
lui substituer un système de stabilisation/bonification de taux au
niveau de ceux du consensus, géré par la Banque française du commerce
extérieur pour le compte du Trésor. Ce régime, qui fonctionne déjà
pour les crédits en devises, encouragera les adossements par les
banques à des ressources longues ;
-
d'étendre ce mécanisme
à la période des paiements progressifs (préfinancement).
Ainsi,
de la première utilisation du crédit (paiements progressifs) jusqu'à
la dernière échéance de la période moyen terme (7e année),
le mode de refinancement des crédits à l'exportation est désormais
unifié. La trésorerie des opérations est laissée intégralement aux
banques qui pourront s'adosser dès l'origine.
La
suppression du monopole de la BFCE en matière de garantie de bonne fin
De même que les crédits
à l'investissement industriel, les crédits à l'exportation ont fait
l'objet d'une démarche systématique de banalisation, notamment en ce
qui concerne la BFCE.
Dans
le cadre des crédits fournisseurs, c'est-à-dire des crédits consentis
par les entreprises à leurs clients étrangers et mobilisés auprès
des banques, la BFCE accordait aux banques sa garantie de bonne fin,
afin de décharger ces dernières de tous les risques pouvant survenir
lors de ces opérations (litiges juridiques, défaillance du
fournisseur...). Ces risques, du fait de l'expérience acquise, ayant
considérablement diminué, il a été décidé de supprimer
l'obligation faite aux banques de recourir à la garantie de bonne fin
de la BFCE. Elles seront désormais libres de continuer de la demander,
par voie d'abonnement annuel, ou de s'assurer par elles-mêmes.
La
suppression de la bonification pour les préfinancements
Le taux des préfinancements
à l'exportation, quelle que soit la forme juridique de ces crédits
(paiements progressifs dans le cadre des crédits acheteurs, pré-financements
à taux stabilisé dans le cadre des crédits fournisseurs), a été
aligné sur le taux de base bancaire. Le mécanisme a ainsi été
totalement débonifié et permet aux exportateurs d'offrir à leurs
clients, pour certaines catégories de crédits, des conditions inférieures
à celles du consensus.
La
mise en concurrence des banques françaises et étrangères dans la
distribution des crédits en devises
Les acheteurs étrangers
qui empruntent pour financer leurs importations peuvent préférer
s'endetter en monnaies autres que le franc.
Or,
les statuts de la COFACE ne l'autorisaient pas à garantir les banques
étrangères non résidentes, alors qu'intervenant dans leur propre
monnaie, celles-ci peuvent parfois mobiliser des ressources à moindre
coût au bénéfice de leurs clients.
Pour permettre aux
exportateurs français d'offrir dans tous les cas les financements les
plus compétitifs à leurs acheteurs, il a été décidé de modifier
les statuts de la COFACE afin qu'il lui soit désormais possible
d'accorder sa garantie à des établissements de crédit non-résidents.
Cette modification a été réalisée par le décret du 13 décembre
1985.
Les
assouplissements du contrôle des changes
Ces assouplissements ont
visé d'une part à rendre possible l'octroi de crédits ou de délais
de paiement sans la garantie de la COFACE, d'autre part à favoriser
l'implantation d'entreprises françaises à l'étranger.
Dans
le cadre du contrôle des changes, les banques n'étaient autorisées à
accorder des crédits à l'exportation à des acheteurs étrangers que
si ces crédits (crédits acheteurs) étaient garantis par la COFACE.
Cette règle ancienne avait notamment été instituée dans un but de
contrôle administratif; elle était devenue inutile dans beaucoup de
cas. Elle a été abrogée à compter du 8 octobre 1985.
La
réglementation des changes interdisait par ailleurs aux exportateurs de
consentir des délais de paiement supérieurs à 180 jours sans garantie
de la COFACE ou dérogation de la direction générale des douanes.
Cette règle présentait des inconvénients non négligeables pour les
exportateurs, parce qu'elle limitait dans certains cas leurs marges de négociation,
mais aussi parce qu'elle pouvait conduire des clients étrangers à
considérer qu'ils avaient une sorte de droit au bénéfice du délai
maximum autorisé ; elle a été supprimée à compter du 8 octobre 1985.
Des délais de paiement peuvent donc désormais être octroyés par les
fournisseurs français à leurs acheteurs étrangers sans exigence de
garantie de la COFACE et sans limitation de durée, qu'ils soient libellés
en francs ou en devises.
La
réglementation des changes imposait aux entreprises française réalisant
des investissements directs à l'étranger d'en financer une partie en
devises (75 % puis 50 %). Cette règle, qui conduisait les entreprises
qui souhaitaient investir à l'étranger à se placer en risque de
change, décourageait les initiatives. Elle a été supprimée à
compter du 2 décembre 1985.
Il
a de plus été décidé de relever de 2 à 15 millions de francs le
seuil en-deçà duquel les investissements français à l'étranger
peuvent être réalisés sans autorisation préalable.
REFLEXIONS
POUR L'AVENIR
Au-delà de la
modernisation du financement de l'économie, les réformes financières
réalisées depuis 18 mois ont été l'occasion d'une réflexion sur la
pratique de la réforme qui vaut bien au-delà du domaine financier.
La
modernisation n'a pas de terme. La
dernière mesure prise, dernière par l'ordre chronologique, qui ouvre
à la Banque de France la voie d'une politique de marché ouvert a pu être
considérée comme le point d'orgue des réformes financières. Un tel
jugement, s'il devait être porté, révélerait une méconnaissance
profonde du ressort fondamental de l'innovation et de la modernité.
L'innovation
est d'abord un état d'esprit, une démarche continue. Si une page de
notre histoire financière vient d'être tournée, la réforme du
financement de l'économie doit se poursuivre pour aboutir à une
pratique permanente de recherche, d'adaptation, de modernisation.
Tout
au long des dix-huit mois écoulés, la réalisation des réformes
financières s'est accompagnée d'un objectif permanent d'ordre
pédagogique :
il s'agissait non seulement de faire voter des lois, de prendre des décrets,
des arrêtés, des circulaires, mais aussi, et surtout, de modifier les
comportements, de créer un état d'esprit, de lancer une dynamique.
C'est
incontestablement le plus difficile. Mais, nous observons d'ores et déjà
une modification en profondeur des comportements qui s'explique d'abord
par une prise de conscience de plus en plus répandue : il y a, dans ces
réformes, une force logique telle, qu'au-delà des critiques
ponctuelles qui peuvent être dressées ici ou là, personne ne peut
contester la démarche globale. Cette cohérence a été le principal
atout face aux résistances et aux hésitations.
L'initiative
de l'innovation doit se décentraliser. Les
commentateurs anglo-saxons, au-delà d'une appréciation globale très
positive portée sur l'ensemble des réformes financières, ont souvent
souligné la différence avec ce qui s'est passé dans leurs pays : en
France, l'initiative est venue de l'État, chez eux elle a été le fait
des agents économiques eux-mêmes. Il est en effet paradoxal que ce
soit l'État qui propose et même parfois impose des innovations aux
acteurs du marché financier. Il serait plus normal et plus souhaitable
que les innovations proviennent de la place financière, l’État y
apposant, lorsque cela est nécessaire et a posteriori, son agrément.
Le
fait est pourtant là. Toutes les réformes réalisées dans les
derniers mois proviennent d'une initiative très centralisée. Il n'y a
d'ailleurs pas lieu nécessairement de le regretter quelle qu'en soit la
cause profonde: tradition culturelle, «colbertiste» par exemple, ou,
plus simplement, excessive centralisation de notre pays. Peu importe,
l'essentiel est que les réformes aient été faites. C'était sans
doute aussi inévitable dans la mesure où plusieurs de ces réformes
remettaient en cause le rôle financier traditionnel de l'État: celui-ci
se devait de changer pour qu'un autre fonctionnement devienne possible.
Il
appartient aujourd'hui aux acteurs du marché de prendre la relève. La
décentralisation de l'innovation constituera le véritable critère de
succès de la démarche engagée depuis dix huit mois.
Le
temps est une donnée constitutive de la modernisation. Les
réformes engagées sont porteuses d'une transformation fondamentale de
notre système financier. Mais il faudra des mois et des années pour
que le mouvement prenne sa pleine ampleur.
Les
nouveaux instruments financiers n'ont - et de très loin - pas pris leur
véritable essor: le marché hypothécaire, qui n'a porté que sur 5 Mds
F en 1985, devrait atteindre 20 Mds F en 1986 et sans doute beaucoup
plus en 1987 ; les Billets de Trésorerie devraient occuper en 1986 une
part encore très limitée (20 Mds F) mais leur développement
devrait être considérablement plus important par la suite ; les
certificats de Dépôts représentent seulement 25 Mds F car ils n'ont
pas encore trouvé leur usage comme instrument de refinancement
bancaire, dans le cadre d’une politique de marché, usage qui est
incontestablement leur vocation profonde.
D'autres
réformes décidées dans leur principe n'ont même pas commencé à être
mises en oeuvre : le MATIF, élément essentiel de la régulation du
marché puisqu'il introduit l'élément temps dans le marché des
capitaux, devrait commencer à fonctionner mi-février 1986; il en va de
même pour les sociétés de contrepartie. Enfin, la rénovation des
modalités de gestion de la dette publique qui constituera un élément
majeur dans le fonctionnement du marché, ne produira ses pleins effets
que dans le courant de l'année 1986.
La
place financière de Paris avait accumulé du retard ; elle est
aujourd'hui parmi les plus avancées du continent européen. L’année
1986 et sans doute aussi l’année 1987 seront consacrées à la mise
en oeuvre pratique des réformes réalisées depuis dix huit mois. Leur
réussite dépendra de la détermination à poursuivre dans la voie tracée
et de la volonté d'aller de l’avant. Elle sera aussi fonction de la
rigueur avec laquelle la politique économique sera conduite, et
notamment de la poursuite de la désinflation sur laquelle reposent
l'assainissement et la reprise durable de notre économie.
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