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| |
DEUXIèME
PARTIE
LA
RéFORME
DES
FINANCEMENTS DE L’éCONOMIE
La part des prêts bonifiés par
l'État ou financés sur ressources privilégiées constituait en 1983 près de
la moitié des crédits à l'économie (Rapport annuel du Conseil national du crédit).
L'importance croissante de ces prêts s'explique par plusieurs raisons :
-
la
montée des taux d'intérêts nominaux était souvent considérée comme
impossible à supporter pour certains secteurs de l'économie, même si les taux
réels ne variaient que modérément, exerçant une forte pression en faveur
d'une bonification ;
-
la définition de nouvelles
priorités, qui justifiait la mise en oeuvre de nouvelles aides de l'État, sans
que les procédures anciennes soient supprimées, entraînant une superposition
progressive de dispositifs d'aides et une stratification de guichets.
L'appel
aux concours publics est devenu ainsi un mode normal de financement de l'économie,
dont le coût est supporté par le budget de l'État. Il s'est accompagné de
procédures administratives, souvent lourdes et coûteuses. En outre, quand près
de la moitié des crédits à l'économie sont accordés à des conditions déconnectées
de celles du marché, l'effet régulateur des taux d’intérêt ne peut
s'exercer normalement, entraînant un renchérissement du coût d'intermédiation
qui grève l’économie.
La
modernisation du fonctionnement de notre système financier rendait
indispensable une réforme des crédits à l’économie. Le retour progressif
aux conditions du marché et la simplification des circuits de financement étaient
souhaitables. La désinflation, en permettant une baisse régulière des taux
d'intérêt, rendait possible une réforme d’ensemble. Celle-ci a répondu à
quatre objectifs :
-
concourir à l'effort de
rigueur budgétaire, en faisant aussi bénéficier le budget de l'État de la
baisse des taux d'intérêt qui profite aux autres agents économiques ;
-
simplifier les procédures
existantes pour les rendre plus efficaces. L'accumulation des procédures spéciales
compliquait notre système financier et ne permettait pas de dégager les
priorités de la politique économique et sociale. Trop de priorités,
finalement, ne signifiait pas de vraies priorités ;
-
banaliser
dans toute la mesure du possible les procédures en les rendant accessibles à
l'ensemble des organismes bancaires et financiers, le renforcement de la
concurrence permettant de réduire le coût de l'intermédiation financière et
donc celui du crédit ;
-
rendre
les agents économiques plus sensibles à l'évolution des taux et permettre la
nécessaire transformation de la politique du crédit, de l'encadrement
quantitatif en une régulation par les taux. La débonification est ainsi complémentaire
de la création d’un vaste marché unifié.
Si
les modalités de la réforme des crédits à l'économie ont été diverses
selon les secteurs, elles se sont inspirées de quatre principes communs :
-
la débonification, c'est-à-dire
la réduction du champ d’application des aides de l'État, mais aussi du coût
unitaire de ces aides ;
-
le
développement du recours aux mécanismes de marché pour le financement de l'économie
;
-
la clarification des circuits
et des procédures, c'est-à-dire à la fois la remise en cause des guichets
dont la justification avait disparu et la suppression des modes de financement
dont la complexité ne correspondait à aucune nécessité ;
-
enfin, la mise en concurrence
systématique des établissements distributeurs de prêts aidés et la
suppression progressive des monopoles dont bénéficiaient certains établissements.
La
réforme des prêts bonifiés à l'économie a eu un impact rapide en termes
financiers et devrait se traduire à brève échéance par des économies budgétaires
considérables : le montant des prêts nouveaux à taux privilégiés s'inscrit
en réduction très sensible: 224,3 Mds de F en 1986 contre 287,5 Mds de F en
1984. En francs constants, ces prêts ne représentent plus cette année que près
des deux tiers de leur montant d'il y a deux ans :
Evolution
des prêts nouveaux à taux privilégiés de 1984 à 1986
en
milliards de F
|
|
1984
|
1985
|
1986
|
|
Prêts
bonifiés
Prêts
financés par des ressources privilégiées
|
182,1
105,4
|
164,3
97,5
|
137,3
87,0
|
Total
|
287,5
|
261,8
|
224,3
|
En
francs constants
|
100,0
|
86,3
|
71,4
|
La
diminution du coût budgétaire des prêts bonifiés par l'État est également
très importante, en termes d'engagements sinon de versements :
- les
versements budgétaires sont
relativement inertes, autour de 45 Mds F en 1985 et 1986. Cette inertie
traduit le fait que les versements budgétaires sont pour l'essentiel
affectés par les engagements pris durant les exercices antérieurs. Les
modifications ou suppressions de procédures bonifiées ne se répercutent
donc qu'avec un certain délai de latence sur les crédits de paiement.
- les
engagements budgétaires traduisent
en revanche les inflexions de politique ; ils expriment le coût sur
plusieurs exercices des enveloppes de prêts aidés accordées au cours
d'une année. Au titre de 1986, les engagements budgétaires ne seront que
de 16 Mds de F : c"est donc une économie budgétaire annuelle
comprise entre 25 et 30 Mds de F qui se trouve ainsi réalisée,
au terme de cette réforme, d"ici à 1990, et dont les effets se
concrétiseront progressivement au fur et à mesure des prochains budgets.
CHAPITRE
I
LE
FINANCEMENT DU LOGEMENT
La réforme du système de
financement du logement entreprise en 1985 a probablement été l'une des plus
importantes réalisées dans ce secteur au cours des vingt dernières années,
par les sommes en jeu, le caractère structurel et les conséquences à long
terme des mesures prises.
C'est
aussi, bien que l’opinion publique y ait été moins sensible qu'aux péripéties
de la réforme du marché des capitaux, l'une des plus essentielles réalisées
depuis 18 mois.
Le
système de financement du logement était caractérisé jusqu'en 1985 par :
-
un
coût considérable et rapidement croissant pour la collectivité ;
-
des
circuits financiers fréquemment complexes, manquant de transparence et déresponsabilisants
;
-
l'absence d'un véritable marché
du financement du logement, large, dynamique et capable de drainer vers ce
secteur des ressources abondantes, stables et à faible coût.
Au
moment où les premiers indices d'une reprise de l'activité dans le secteur du
bâtiment se manifestaient, au deuxième trimestre de 1985, il a paru
indispensable de mener une réflexion cohérente et globale sur les moyens d'améliorer
l'efficacité de ce système et par là-même de favoriser la poursuite et l'accélération
de la reprise.
Baisse
du coût des financements ; meilleure efficacité sociale ; maîtrise des dépenses
budgétaires ; simplification et clarification ont été les lignes directrices
des réformes entreprises.
Elles
ont concerné les trois principaux segments du système de financement du
logement :
-
l'accession
non aidée à la propriété (prêts conventionnés et prêts libres) :
création d'un nouveau marché hypothécaire permettant sans transformation et
donc au moindre coût le refinancement de ces prêts ; développement des prêts
conventionnés (PC) ;
-
l'accession
aidée à la propriété : amélioration
des caractéristiques et du mode de financement des prêts aidés à l'accession
à la propriété (PAP), désormais centrés sur les ménages les plus modestes
et relayés par des prêts conventionnés de plus en plus compétitifs ;
-
le
logement locatif social :
mise en oeuvre d'un mécanisme de distribution directe des prêts locatifs aidés
par la Caisse des dépôts et consignations et adossement de ces prêts aux
ressources du livret A.
Ces
réformes commencent à porter leurs fruits. A l'issue d'une année 1985 qui
aura été marquée par un retournement de conjoncture après plus de 10 années
de régression ininterrompue, le secteur du bâtiment, s'appuyant désormais sur
un système de financement sain, stable et efficace, devrait connaître en 1986
une nette reprise.
LE
FINANCEMENT DU LOGEMENT EN 1984-85
Avant
d'aborder les objectifs et le contenu des réformes mises en oeuvre, il convient
de rappeler brièvement les principales caractéristiques du système de
financement du logement, tel qu'il prévalait à la fin de 1984 et au début de
1985.
Les
principaux mécanismes de financement du logement
Le
financement de l'accession à la propriété
Les personnes qui veulent acquérir
un logement peuvent bénéficier de quatre catégories principales de
financement :
- les
prêts libres : ils
sont accordés par les banques sur leurs ressources classiques (marchés
obligataire, monétaire et hypothécaire...), sans bénéficier d'avantages
particuliers. Leur taux à la fin de 1985, était généralement supérieur
à 13 %.
- les
prêts conventionnés (PC)
: accordés eux aussi par les banques sur leurs ressources classiques, ils
ouvrent droit à l'aide personnalisée au logement (APL). Bénéficiant d'un
régime préférentiel en termes de contrôle monétaire et constituant un
produit standardisé et de grande diffusion, ils peuvent être consentis par
les banques à des taux plus avantageux que les prêts libres. Ces taux sont
par ailleurs plafonnés par arrêté interministériel : ils variaient fin
1985 entre 10,8 % et 12,4 %, selon la durée du prêt et le réseau
distributeur. Ces prêts sont accordés sous condition d'un prix plafond au
mètre carré ;
- les
prêts d’épargne-Iogement :
ils sont accordés par les banques sur la base des ressources privilégiées
que constituent les dépôts sur les plans d'épargne-logement (PEL) et les
comptes d'épargne-logement (CEL). Les taux de ces prêts étaient, fin
1985, respectivement de 7,5 % pour les prêts associés aux plans et de 4,75
% pour les prêts associés aux comptes ;
- les
prêts aidés en accession à la propriété (PAP)
: ils sont accordés, sous condition de ressources, aux accédants à la
propriété, directement ou par l'intermédiaire des promoteurs immobiliers,
sur décision administrative, par le Crédit Foncier de France, le Comptoir
des Entrepreneurs et les sociétés de crédit immobilier. Leur taux, était
pour l'année 1985, de 9,7 % (révisable) et 10,17 % (fixe), grâce à une
bonification de l'État.
Évolution
depuis 1980 des principales masses financières
PAP
et PC
|
ANNEE
|
1980
|
1981
|
1982
|
1983
|
1984
|
1985
(estimation
provisoire)
|
|
PC
Nombre
Montant
(en MF)
|
113
683
26
394
|
92
174
21
351
|
130
000
22
263
|
133
443
35
685
|
170
900
49
254
|
200
000
60
000
|
|
PAP
Nombre
Montant
(en MF)
|
149
012
30
587
|
171
270
41
462
|
170
678
45
256
|
144
036
41
506
|
152
000
48
080
|
120
000
38
900
|
Montant
des prêts nouveaux d'épargne-logement et du secteur libre
|
ANNEE
|
1981
|
1982
|
1983
|
1984
|
1985
|
|
PEL
+ CEL
Montant
(en MF)
|
32
534
|
36
239
|
40
133
|
43
923
|
n.d.
|
|
Prêts
Libres
Montant
(en MF)
|
45
152
|
43
319
|
40
904
|
43
020
|
n.d.
|
L'accession
à la propriété mobilise ainsi en 1985
plus de 200 MDF de prêts.
Le
financement du logement locatif social
Les
organismes HLM ont accès, pour la construction ou la rénovation de logements
locatifs sociaux, à des prêts bonifiés par l'État et bénéficiant de
conditions très avantageuses, les prêts locatifs aidés (PLA). A fin 1985, leur
taux d'intérêt était de 6,1 %.
Les
décisions sont prises par l'État, et mises en oeuvre par la Caisse de prêts
aux HLM (CPHLM) établissement public dont l'essentiel des ressources est
constitué par des prêts de la Caisse des dépôts et consignations.
Evolution
depuis 1980 de la source principale de financement
des organismes HLM pour leurs investissements
|
ANNEE
|
1980
|
1981
|
1982
|
1983
|
1984
|
1985
(estimation
provisoire)
|
|
Nombre
Montant
(en MF)
|
59
670
17
550
|
64
570
17
500
|
71
130
22
330
|
69
900
22
920
|
78
200
26
720
|
69
000
24
300
|
Les
aides publiques
Afin de mettre à la disposition
du secteur du logement des prêts à des conditions plus avantageuses que celles
résultant du seul jeu du marché, de façon générale, les interventions de l'État revêtent quatre formes principales :
-
l'adossement à des ressources
privilégiées, en raison notamment des avantages fiscaux qui leur sont liés
(cas de l'épargne-logement) ;
-
des
conditions préférentielles en matière de contrôle monétaire (cas des prêts
conventionnés) ;
-
certains avantages fiscaux:
ainsi les ménages bénéficient d'une réduction d'impôt qui est fonction des
intérêts versés au titre de leurs emprunts immobiliers (ce mode
d'intervention est cité ici pour mémoire, dans la mesure où il est exogène
au système financier lui-même) ;
-
une aide budgétaire directe
prenant la forme soit d'une bonification d'intérêt (cas des PAP et des PLA :
on parle alors d'«aides à la pierre »), soit d'un allègement du taux
d'effort de l'emprunteur, c'est-à-dire de ses charges de remboursement rapportées
à ses ressources (on parle alors d'«aides à la personne»). Ces deux formes
d'aides sont en général cumulables.
Les
enjeux financiers liés aux aides directes de l'État sont considérables. Les
principales données quantitatives les concernant, ainsi que plus généralement
celles relatives à l'effort public global en faveur du logement sont rappelées
ci-après.
Les aides à
la pierre
Ce terme recouvre principalement
les bonifications afférentes aux PAP, aux PLA et à d'anciens régimes d'aides
en voie d'extinction d'une part, les primes versées au titre de l'épargne-logement,
bien qu'elles ne constituent pas une bonification stricto sensu et dans la
mesure où elles sont directement liées à un emprunt, d'autre part.
Evolution
des aides à la pierre depuis 1980
(millions
de francs)
|
Année
|
1980
|
1981
|
1982
|
1983
|
1984
|
1985
|
|
PAP
PLA
Epargne-logement
Anciennes
aides et divers
|
1
260
2
434
1
601
8
627
|
1
764
2
446
2
900
7
545
|
2
832
5
673
4
500
8
213
|
3
989
6
881
5
500
8
753
|
5
765
7
224
5
500
8
258
|
7
191
8
351
6
200
8
919
|
|
Total
|
13
922
|
15
655
|
21
218
|
25
123
|
26
747
|
30
661
|
Les aides à
la personne
Ces aides sont destinées à alléger
pour les ménages les charges de remboursement d'emprunt dans le cas de
l'accession à la propriété, de loyer dans le cas de la location; elles
varient en fonction du niveau des charges, des ressources et de la taille du ménage.
Elles
revêtent trois formes :
-
l'allocation logement à caractère
familial (ALF), accordée aux ménages jeunes, nombreux ou bénéficiant de
prestations familiales, et financée par les régimes sociaux ;
-
l'allocation logement à caractère
social (ALS), accordée à certaines catégories particulièrement défavorisées
(jeunes, handicapés, personnes âgées, chômeurs de longue durée), et financée
par le budget de l'État, et une cotisation des employeurs ;
-
l'aide personnalisée au
logement (APL), accordée aux propriétaires ou locataires d'un logement ayant bénéficié
d'un prêt aidé ou conventionné, et financée par le budget de l'État et les régimes
sociaux.
Évolution
des aides à la personne depuis 1980
|
Année
|
1980
|
1981
|
1982
|
1983
|
1984
|
1985
|
|
Coût
budgétaire
(APL
+ ALS) (en MF)
Aides
totales (*)
|
4
540
13
190
|
5
810
15
250
|
8
790
20
665
|
10
629
26
729
|
12
433
28
883
|
13
068
30
803
|
(*)
État, régimes sociaux et cotisations spécifiques.
L’effort
public en faveur du logement
On peut définir l'effort public
en faveur du logement comme la somme des aides budgétaires, des aides fiscales
(manque à gagner représenté pour l'État par l'octroi d'un avantage fiscal,
encore appelé dépense fiscale), et des dépenses publiques non budgétaires
(0,9 % logement, fonds spécial des grands travaux, cotisations diverses...). Il
permet de synthétiser l'ensemble des dépenses supportées par la collectivité
au titre du financement du logement.
Evolution
de 1980 à 1985 des principaux postes
de l'effort public en faveur du logement
|
Année
|
1980
|
1981
|
1982
|
1983
|
1984
|
1985
|
|
Aides(*)
budgétaires totales
Aides
fiscales
Dépenses
non budgétaires
|
21
869
16
347
15
068
|
25
185
19
218
16
814
|
34
154
21
036
20
679
|
40
680
22
073
25
680
|
42
750
23
865
27
627
|
46
879
26
290
29
015
|
|
Total
de l’effort public
|
53
284
|
61
217
|
75
869
|
88
433
|
94
242
|
102
184
|
(*)
recouvre les aides à la pierre, la part budgétaire des aides à la personne
et l'exonération de la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB).
Les
principaux inconvénients du système existant
La
brève description qui précède met en évidence un certain nombre d'inconvénients
importants auxquels il convenait de remédier.
Un système
d'un coût considérable et rapidement croissant
L'effort public en faveur du
logement a plus que doublé depuis 1980 : il dépassera 112 MDF en 1986, donnée
que l'on peut rapprocher du chiffre d'affaires annuel du bâtiment qui est de
l'ordre de 300 MDF, dont 200 MDF pour le logement stricto sensu.
Les
aides à la personne connaissent une véritable explosion : elles ont plus que
doublé depuis 1981 et croîtront encore de plus de 16 % en 1986.
Les
aides à la pierre ont connu une évolution analogue: doublement depuis 1981,
taux de croissance de l'ordre de 20 % pour les bonifications relatives aux PAP
et aux PLA au cours des dernières années.
Il
convient en outre de noter que les mécanismes de financement décrits ci-dessus conduisent à une forte inertie des coûts budgétaires, liée à la durée
très longue des prêts et donc des dépenses de bonification et à leur caractère
très généralement progressif.
Ainsi
en 1986, alors même que les autorisations de programme afférentes au
financement des PAP et des PLA seront en baisse sensible du seul fait des réformes
décrites ci-après (les financements globaux en faveur du logement étant
toutefois en forte progression), les crédits de paiement connaîtront encore un
taux de croissance de l'ordre de 20 %.
Des
mécanismes fréquemment complexes, manquant de transparence et n'incitant pas
à une gestion optimale
Les mécanismes de financement
du logement étaient fréquemment complexes, en raison du nombre des
intervenants (cas de la distribution des PAP par exemple), de la multiplicité et
de l'imbrication des ressources financières : les financements croisés
(constitution de «pools») étaient facteurs à la fois de déresponsabilisation
des acteurs, de coûts d'intermédiation supplémentaires et d'une certaine
confusion. (Ainsi le «pool» d'alimentation financière des PAP faisait appel
à six catégories de ressources différentes).
Les
circuits financiers manquaient de transparence; ainsi la Caisse de prêts aux
HLM constituait un organisme-écran, une sorte de «boîte noire» qui n'était
pas de nature à favoriser une gestion optimale de la distribution des PLA.
Enfin
certains mécanismes étaient par essence déresponsabilisants : ainsi la
distribution de prêts n'allait pas toujours de pair avec la prise de risque.
Par ailleurs, le régime de bonification d'annuité dont bénéficiait la Caisse
de prêts aux HLM faisait supporter à l'État, en dernier ressort et quoi qu'il
arrive, le coût de la gestion de trésorerie de cet établissement, qui n'était
donc pas incité à une gestion optimale : il en résultait d'ailleurs de fréquentes
et importantes divergences entre prévision et exécution budgétaire.
L'absence
d'un véritable marché du financement du logement
Paradoxalement, une part
importante du financement du logement, secteur caractérisé par des cycles extrêmement
longs, était de nature monétaire et reposait donc sur des ressources courtes.
De
par son étroitesse d'une part, la nature des produits financiers qu'il offrait
d'autre part, l'ancien marché hypothécaire ne constituait en aucune façon le
grand marché du financement susceptible de drainer vers le secteur du logement
le volume et les types de ressources dont il a besoin.
Les
objectifs des réformes mises en oeuvre
A la lumière de l'analyse
critique qui précède les objectifs suivants ont été assignés aux réformes
entreprises.
Améliorer
les instruments financiers offerts
Leur premier objectif est
d'offrir tant aux particuliers qu'aux organismes HLM des instruments financiers
meilleurs, c'est-à-dire :
-
moins
chers : action sur le taux des prêts ;
-
mieux adaptés aux conditions
économiques actuelles, et en particulier à la désinflation : action sur les
profils des prêts (baisse de la progressivité notamment), introduction ou
accentuation de la révisabilité des taux.
Deux
moyens essentiels permettent de l'atteindre :
-
la rationalisation des circuits
financiers, notamment par la suppression d'organismes-écrans, la remise en
cause des financements croisés et la diminution des coûts d'intermédiation ;
-
une meilleure adéquation des
ressources aux emplois, notamment par l'adossement direct et la recherche de
caractéristiques similaires.
Concentrer
les aides publiques sur les catégories les plus défavorisées
La décroissance des taux d'intérêt
permet de plus en plus à des produits financiers qui ne bénéficient pas de
bonification de l'État d'être compétitifs avec les produits mis en place au
titre de l'aide à la pierre. Un nombre croissant de ménages peut ainsi accéder
à la propriété dans de bonnes conditions, et ce sans coût pour le budget de
l'État.
Dans
ce contexte l'État peut concentrer son effort sur les ménages qui en ont le
plus grand besoin : ainsi en octroyant moins de PAP en volume (parallèlement à
un recours accru aux PC), l'État est en mesure d'en améliorer sensiblement les
caractéristiques (taux moins élevé, quotité accrue permettant d'éviter le
recours au prêt complémentaire).
Cette
politique est de nature à satisfaire l'aspiration à l'accession à la propriété
d'un plus grand nombre de personnes.
Alléger
le coût des bonifications
Le
coût pour l'État de la bonification des PAP et des PLA est considérable et en
forte croissance du fait de l'inertie des programmes de prêts : plus de 15,5
Milliards de francs en 1985 soit une croissance de près de 20 % par
rapport à 1984. (Le coût global des aides à la pierre dépassant quant à lui
30 milliards de francs).
Il
est donc fondamental que l'État, profitant d'un contexte très favorable de désinflation
et donc de décrue des taux, allège à terme le poids écrasant des
bonifications.
Ce
mouvement est nécessairement lent et progressif compte tenu de la forte inertie
soulignée précédemment: son impact budgétaire est important essentiellement
en termes d'autorisations de programme.
Les
réformes entreprises concernent les trois principaux segments du système de
financement du logement :
-
le
marché hypothécaire et
donc les prêts libres et les prêts conventionnés ;
-
l'accession
aidée à la propriété et
donc les prêts aidés à l'accession à la propriété et leur articulation
avec les prêts conventionnés ;
-
le
logement locatif social et
donc les prêts locatifs aidés.
LA
CRéATION D'UN NOUVEAU MARChé
hypothécaire
Le marché hypothécaire était
caractérisé jusqu'en 1985 par son étroitesse et par l'adossement d'emplois
longs à des ressources courtes.
La création d’une Caisse de
refinancement hypothécaire (CRH) jette les bases d'un grand marché du
financement du logement, drainant vers ce secteur des ressources longues (aux
caractéristiques comparables aux emplois traditionnels du secteur), abondantes
(plus de 20 MDF en 1986) et à faible coût (le différentiel espéré à terme
est de l'ordre de 1 à 2 points).
Le
constat
Contexte
général
Comme l’a souligné M. Bonin,
gouverneur du Crédit Foncier de France, dans le rapport rédigé à la demande
du ministre de I’Économie, des Finances et du Budget sur la création d'un
titre hypothécaire, les sources traditionnelles de financement du logement
(autres que celles du marché hypothécaire) risquent à terme de ne plus
satisfaire aux deux contraintes de volume (permettre I’octroi d’environ 200
MDF de crédits nouveaux par an) et de coût (contenir les taux d'intérêt
pratiqués dans des limites telles qu'elles ne mettent pas en péril la viabilité
économique du secteur).
On
observe en effet un certain ralentissement de la collecte nouvelle sur les
livrets A ; l'épargne-logement est coûteuse pour les finances publiques; les prêts
adossés à des ressources d'origine monétaire se heurtent aux limites du contrôle
monétaire; le marché obligataire lui-même est extrêmement sollicité par
d'autres parties prenantes, et demeure coûteux :
il
est donc de la plus grande importance pour le financement du logement que le
marché hypothécaire fonctionne dans de bonnes conditions, et apporte à ce
secteur des ressources adaptées tant qualitativement que quantitativement.
Description
succincte de la situation antérieure
Le marché hypothécaire, créé
en 1966, permettait le refinancement des établissements distributeurs de prêts
au logement.
Ceux-ci
cédaient des effets représentatifs de créances hypothécaires répondant à
des caractéristiques minimales de qualité (durée, quotité, garantie).
Le
marché était limité aux établissements de crédit, et les caractéristiques
des effets étaient librement négociées.
Quelques
chiffres illustrent à fin 1984 l'activité de ce marché.
|
-montant
des créances éligibles
-encours
du refinancement
-émissions
annuelles
-marché
secondaire
-durée
moyenne des effets
|
280
MDF
72
MDF
6
à 10 MDF
2
MDF
5
à 7 ans
|
En pratique les principaux émetteurs
étaient les banques spécialisées (UCB, Comptoir des Entrepreneurs, La Hénin)
et les détenteurs, les grandes banques de dépôt et le Crédit agricole.
Le
Crédit Foncier exerçait sur ce marché une tutelle réglementaire déléguée
mais n’intervenait pas.
Les
problèmes posés par le marché hypothécaire
Le marché hypothécaire présentait
en 1985 de graves inconvénients qui l'empêchaient de jouer pleinement son rôle
de marché principal du financement du logement.
-
Il
était peu actif : les billets de mobilisation qui y étaient échangés et
qui étaient des effets représentatifs de créances hypothécaires représentaient
un volume relativement peu élevé; fin 1984 l'encours atteignait 71,8 MDF,
soit 25,6 % des créances éligibles.
Le
volume annuel d'émission était faible (moins de 10 MDF), le marché secondaire
demeurant quant à lui relativement atone (volume de l'ordre de 2 MDF) ;
-
Il
était étroit et peu concurrentiel : les conditions d'un fonctionnement
normal de marché largement ouvert et concurrentiel n'étaient pas réunies. La
position dominante d'un petit nombre d'intervenants, émetteurs et surtout
acheteurs, rendait le marché hypothécaire très sensible à leur comportement
et en particulier très dépendant de leur situation de liquidité ;
-
Il
manquait de liquidité et donc de souplesse : le petit nombre d’acheteurs
expliquait pour l'essentiel le faible niveau de liquidité de ce marché. Les
ajustements à une contraction des liquidités disponibles, fréquemment nécessaires,
s’opéraient donc sur le marché obligataire, sans souplesse et donc de façon
coûteuse. Or, sur ce marché les prêteurs primaires ne trouvaient pas les
conditions de durée, de taux et de disponibilité (compte tenu des contraintes
du calendrier d'émission) qui leur auraient été nécessaires : ils étaient
ainsi amenés à prendre un risque élevé en termes tant de volume que de
conditions.
-
Enfin
et surtout il apportait des financements de nature essentiellement monétaire,
inadaptés à un financement sain du logement, par définition long.
Les
durées des billets émis étaient ainsi nettement inférieures aux durées des
prêts qu'ils refinançaient comme l'illustre le tableau suivant :
|
Durée
|
<2
ans
|
2
à 5 ans
|
5
à 9 ans
|
>
10 ans
|
|
Proportion
|
23
%
|
26
%
|
34
%
|
17
%
|
Près de la moitié des billets
avaient une durée inférieure à 5 ans, alors même que les prêts immobiliers
usuels ont une durée de l'ordre de 15 à 20 ans.
Il
y avait donc un important phénomène de transformation induisant inévitablement
une forte marge de risque et donc un coût plus élevé pour l'emprunteur final.
Le
nouveau marché hypothécaire
Le nouveau marché hypothécaire
s'appuie sur la création d'une Caisse de refinancement hypothécaire (CRH).
Créée
en septembre 1985, elle est inscrite sur la liste des établissements de crédit
en tant que société financière. Les principaux établissements intervenant
dans le secteur immobilier sont représentés à son capital.
Grâce
à la CRH ces derniers peuvent accéder à une nouvelle source de refinancement
de leurs créances, reposant sur les mécanismes suivants :
-
la CRH émet en continu en
fonction des billets de mobilisation qui lui sont présentés, des emprunts
obligataires dont le produit lui permet d'acquérir ces billets ;
-
la durée d'un emprunt
obligataire de la CRH est égale à celle des billets de mobilisation proposés
par l'ensemble des établissements ;
-
la
CRH applique à l'achat des billets de mobilisation le taux qu'elle a obtenu
lors de l'émission de l'emprunt obligataire; ce taux est lui-même fonction de
l'évolution des taux sur le marché obligataire, des garanties et de la durée
de l'emprunt ;
-
les titres émis par la CRH
peuvent être garantis par l'État (décret du 7 août 1985). Cette garantie
s'ajoute alors à la garantie hypothécaire et à la garantie solidaire des
associés de la Caisse. Ils sont cotés en Bourse.
Ces
nouveaux mécanismes sont de nature à conférer au nouveau marché l'ensemble
des caractéristiques qui lui faisaient défaut, comme en attestent ses premiers
mois de fonctionnement : attractivité pour les prêteurs primaires et les
acheteurs, dynamisme, liquidité et souplesse, adéquation des ressources aux
emplois :
-
Attractivité
pour les prêteurs primaires : les billets de mobilisation qui sont refinancés
par l'intermédiaire de la CRH ont le statut de ressources stables au regard de
la régulation concertée du crédit. L'émission en continu, le faible coût
d'intermédiation, la qualité des titres émis (liée notamment à la
possibilité de garantie de l'État) induisent un avantage de coût significatif
qui peut dépasser un point ;
-
Attractivité
pour les acheteurs : de par la qualité des titres émis et l'excellent
compromis rendement/sécurité qu'ils offrent. Les premières émissions ont
ainsi rencontré un succès certain ( 4,3 MDF en moins de 2 mois).
-
Dynamisme:
les caractéristiques du nouveau marché hypothécaire lui confèrent à l'évidence
un nouveau dynamisme. La CRH rassemble les principaux établissements
intervenant dans le secteur immobilier qui marquent ainsi leur volonté de
recourir de manière accrue au nouveau marché. La cotation en Bourse permettra
à une nouvelle clientèle, le grand public, d'intervenir indirectement sur le
marché hypothécaire, facteur indéniable de stimulation. Dès
1986, le volume global des émissions devrait dépasser 20 MDF, soit 1 MDF tous
les quinze jours, à l'issue d'une période de montée en régime
exceptionnellement courte ;
-
Liquidité
et souplesse : par son élargissement, son attractivité, ses émissions en
continu, la cotation en Bourse, le marché hypothécaire, dans ses composantes
tant primaire que secondaire, devrait être en mesure d'allier la liquidité et
la souplesse qui lui faisaient auparavant largement défaut ;
-
Adéquation
des ressources aux emplois : le nouveau mode de fonctionnement du marché élimine
dorénavant pratiquement tout phénomène de transformation et réalise ainsi un
adossement parfait des emplois à des ressources aux caractéristiques
comparables. Le logement dispose ainsi pour la première fois d'une ressource spécifique
parfaitement adaptée à ses besoins (longue, abondante et à faible coût).
La
CRH a ainsi été en mesure d'avoir dès la fin de 1985 une activité soutenue
qui a pleinement tiré parti des avantages considérables décrits ci-dessus.
A
la lumière des premières émissions, on peut estimer qu'en 1986, les prêts
conventionnés et les prêts libres au logement seront ainsi adossés à une
nouvelle ressource permettant structurellement une baisse de leur taux qui
pourra dépasser un point.
Nouveau
compartiment long du marché obligataire, le nouveau marché hypothécaire, élargi,
dynamisé et compétitif devrait dès cette année modifier profondément le
paysage du financement du logement et constituer un puissant facteur de relance
de l'activité de ce secteur.
Au-delà
de la création du nouveau marché hypothécaire il était important que
l'ensemble du financement de l'accession à la propriété fasse l'objet d'une
approche globale et cohérente. Les mesures spécifiques relatives aux PAP et
aux PC, décrites ci-après complètent donc le dispositif mis en place au cours
de l'année 1985 dans cet important secteur de l'économie.
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