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C. Tasca 1er mai 99
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Discours
de Madame T A S CA - Nevers, 1e 1er mai 1999 Journée
commémorative disparition P. Bérégovoy Monsieur le député-maire, Cher Didier, Monsieur le Président, Cher Olivier, Chers
Amis, Chers Camarades, Cette journée est pour moi un beau cadeau.
Cadeau du hasard : alors que je devais être aujourd'hui à Beyrouth, mon voyage
a été annulé me permettant d'être avec vous ici. Cadeau surtout que vous me
faites en me conviant à ce moment de souvenir, de recueillement et de fidélité,
à Nevers, dans ce département dont François Mitterrand et Pierre Bérégovoy
furent pendant des années le socle, le point de départ de notre commun projet.
J'ai bien moins de titres à parler de Pierre
Bérégovoy que la plupart de celles et ceux qui se retrouvent ici, parce que je
n'ai pas vécu comme lui les décennies de reconstruction du Parti Socialiste
jusqu'à la victoire de 1981 ; parce que ma vraie rencontre avec lui n'a eu lieu
qu'à partir de 1986, parce qu'enfin je n'ai jamais été dans son proche
entourage. Mais si Pierre avec sa grande réserve, sa pudeur et sa dignité, n'a
jamais invité à l'intimité, à la familiarité, sauf sans doute avec ses plus
proches compagnons, il a en revanche su inspirer estime, respect et attachement
durable à ceux que leur fonction menait à travailler dans son sillage, dans
son exemple. Ce fut mon cas au Gouvernement de 1988 à 1993. Au-delà du chagrin de la séparation, au-delà
de la gratitude pour l'action passée, avec beaucoup d'autres, je veux lui dire
ainsi qu'à Madame Bérégovoy, ses enfants et ses collaborateurs, sans emphase,
les enseignements que je tiens de lui. - Pour moi Pierre Bérévogoy a incarné la nécessité
de l'engagement, syndical ou politique : ce fut le fil conducteur de toute sa
vie. Je pense que sa conviction était qu'il n 'y a pas de destin individuel
sans progrès collectif. Aucune ascension personnelle ne rivalisait en lui avec
la recherche de la victoire de son camp de toujours, son camp social et
politique. J'en veux pour preuve ce qu'il m'écrivait le 14 avril 1993 : «Nous
avons fait du bon travail ensemble. Mais quel désastre ! Je me sens coupable,
avec d'autres. » - Il a mis la
morale au coeur de l'action politique : sa morale individuelle était irréprochable
et c'est pourquoi, plus que tout autre, il a souffert au plus profond de lui-même
des accusations ignobles qu'il a subies. Mais il avait aussi porté au plus haut
le sens de la responsabilité et de la morale collective jusqu'à prendre le
gouvernail en 1992, alors que notre bateau socialiste avait pris tant de gîte
qu'il était - et il le savait - sans doute impossible de le redresser mais il a
considéré que c'était son devoir. - Enfin, l'ouverture
sur le monde contre la résignation ou le repli hexagonal : par sa
politique monétaire et budgétaire, il a redonné à notre pays force, stabilité
économique, crédibilité dans le monde pour participer avec un poids réel au
nouveau concert des Nations. Pour lui cette force était nécessaire au progrès
de nos idées. Je me souviens du regard inquiet, interrogatif qu'il portait sur
la chute du bloc communiste. Au printemps 1991, dans un long entretien en tête
à tête, il me disait : « Ne nous réjouissons pas trop. Même si c'est une
victoire de la liberté pour les peuples de ces pays, c'est une défaite d'un idéal
qui nous atteint, nous aussi, socialistes. » Ce qui se passe à l'Est de notre
Europe aujourd'hui lui donne ô combien raison. Ces enseignements qui nous ont guidés lorsqu'il était aux plus hautes responsabilités sont aussi un bagage pour l'avenir, pourvu que nous, socialistes et gens de gauche, leur soyons fidèles et que nous sachions les vivre dans un monde qui change beaucoup mais dont les espoirs doivent demeurer : Liberté, Egalité, Fraternité que nous appelons aujourd'hui du beau mot de Solidarité. Ma confiance dans notre possibilité d'y parvenir, je la dois beaucoup, pour ma part, à Pierre Bérégovoy. C'est pourquoi, si la force de la pensée y parvient, je voudrais qu'il entende ce matin mon témoignage. |
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