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Lionel Jospin 1er mai 98
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Discours de Monsieur le Premier ministre
Lionel JOSPIN à l'occasion de l'inauguration du
contournement autoroutier de Nevers Nevers – 1er rmai 1998 Monsieur le maire, Mesdames et Messieurs les élus, Chère Gilberte Bérégovoy, Mesdames et Messieurs, Chers amis, L'inauguration d'un nouvel équipement collectif
constitue toujours un moment fort dans la vie publique d'une cité ou d'une région.
Derrière le ruban tricolore que l'on coupe, il y a, en
amont, le travail accumulé durant des mois, souvent des années. Et il y a, en
aval, le bénéfice qu'en tireront nos concitoyens durant des années, souvent
des décennies. Ce ruban tricolore, à l’invitation du maire de Nevers,
Monsieur Didier BOULAUD, l'honneur me revient de le couper aujourd'hui devant
vous. Je le fais, vous le savez, avec une émotion particulière.
Car, au-delà de la satisfaction de saluer, un 1er mai,
jour de la fête nationale du travail, la livraison de cet important
contournement autoroutier, il y a surtout, le souvenir de Pierre BEREGOVOY, qui
nous accompagne tous et nous réunit ici. Pour Nevers - dont il fut le maire, et pour la Nièvre
- dont il fut conseiller général et député, Pierre BEREGOVOY avait voulu
cet équipement. Le 18 juillet 1992, en présence de Charles TRENET, il posait
la première pierre de ce vaste chantier. Menés par la Direction départementale de l'Équipement,
dont la maîtrise technique se déploie aujourd'hui sous nos yeux, les travaux
durèrent six années. Le résultat est là : 18 kilomètres au gabarit
autoroutier, 24 ouvrages d'art, pour un coût de 750 millions de francs
entièrement pris en charge par l'Etat. Pierre et les autres élus de la Nièvre ne voulaient
pas, avec raison, d'une « autoroute », mais d'une liaison qui en aurait les
qualités - sécurité, rapidité, confort, avec le souci d'assurer son intégration
à l'environnement et la préservation des possibilités d'accès aux villages
environnants. Leur projet a été respecté. La nouvelle déviation
offrira au grand Nevers, comme à la Nièvre, un outil de développement au
service de tous : riverains, entreprises, voyageurs, auxquels elle apportera,
gratuitement, un gain de temps et de sécurité. Mieux encore, le tissu urbain de la cité ducale,
longtemps balafré par l'ancienne route, va pouvoir retrouver son unité, dans
le rétablissement d'une contiguïté entre le centre ville et les quartiers du
bord de Loire. Enfin, cet équipement fut conçu et réalisé avec la préoccupation
de ne pas nuire à l'environnement. Non seulement les nuisances sont réduites
de façon exemplaire - par des murs antibruit, par un système de récupération
des eaux de ruissellement - mais, en outre, le nouveau contournement mettra en
valeur la perspective sur Nevers et invitera les automobilistes de passage, au
moyen d'une signalisation appropriée, à aller profiter de la richesse du
patrimoine régional, depuis la faïence et la cathédrale de Nevers, jusqu'au
musée de la mine de Decize, en passant par les forges de Guérigny. Tous les Neversois, tous les Nivernais, profiteront de ce nouvel équipement public, dont le plus impressionnant des ouvrages d’art, le Pont de Loire, portera le nom de Pierre BEREGOVOY. Comment ne pas saluer ce choix ? Parmi les bâtisseurs - et Pierre en était un, il y a ceux qui se contentent d'élever des murs, et ceux qui s'efforcent de jeter des ponts par-delà les obstacles. Pierre était de ces derniers. C'est pourquoi je suis heureux, profondément heureux, que ce pont rappelle aux générations futures, l'homme de coeur et d'honneur que fut Pierre BEREGOVOY. Journée emblématique de la gauche et de ses combats, le
1er mai a rythmé, jusqu'à son terme même hélas, la vie de Pierre. C'est le 1er mai 1950 qu'il entre à Gaz de France ; le
1er mai 1957 qu'il est nommé à Paris ; le 1er mai 1978 qu'il y termine sa
carrière en tant que directeur-adjoint. Cette ascension, cette reconnaissance professionnelle
qu'il devait à son intelligence, à une compétence chaque jour approfondie, à
un travail persévérant, Pierre les a menées de front avec l'activité
militante qu'exigeaient ses convictions socialistes. « Avant d'être un parti, disait Pierre
BEREGOVOY, le socialisme est une exigence. Exigence de justice, exigence de
fraternité, exigence de transformation ». Cette exigence, Pierre l'a toujours
servie avec la même constance, que ce soit au sein de la SFIO dès 1945, du
Parti Socialiste Autonome, du Parti Socialiste Unifié ou, enfin, au coeur du
Parti socialiste à partir de 1969. Son expérience syndicale et sa connaissance des dossiers
sociaux en avaient fait un proche collaborateur de Pierre MENDES-FRANCE. En
fondant, en 1967, le club « Socialisme moderne », Pierre BEREGOVOY formulait déjà
le principe qui n'allait plus cesser d'être le sien : c'est à partir d'une réflexion
méthodique sur les questions économiques et sociales que la gauche peut
trouver les moyens de son efficacité. Dans l'un de ses derniers discours, le 25
février 1993, il ne disait pas autre chose : « La transformation sociale
se fait progressivement, pièce par pièce, avec une persévérance courageuse
et modeste. La gauche, c’est cela. Ce n'est pas l'illusion du grand soir
ni le cynisme du désenchantement. C'est le lent travail d'horloger du
changement social ». L'alternance venue en 1981, aux côtés de François
MITTERRAND, d'abord comme Secrétaire général de l'Elysée, puis comme
ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, puis de l’Economie,
des Finances et du Budget, enfin comme Premier ministre, telle est l'inspiration
qui est restée la sienne. Celui qui avait pour commencé sa vie professionnelle
comme ajusteur sut, par son talent, se hisser aux sommets de la République. Il
assuma alors pleinement la responsabilité croissante des charges publiques qui
lui furent confiées. Celui qui, né d'un père ukrainien, n'avait pas au départ
d'ancrage local, fut adopté par la Nièvre et Nevers, qui lui renouvelèrent
leur confiance, en mars 1993, lors de son dernier combat politique. Celui qui, avec une rare détermination, avait toujours décidé
de sa vie, décida aussi de sa mort. Le suicide conserve toujours une part inaccessible à
l'entendement de ceux qui restent et voient partir celui qu'ils ont connu et
souvent aimé. Le geste de Pierre plongea la France dans la stupeur. De
Nevers à Paris, de Paris à la France entière, à l'étranger même, partout où
Pierre avait imposé la marque de ses qualités, naquit une émotion considérable.
Pierre incarnait une calme solidité. Est-ce pour cela
que sa sensibilité intérieure, que cette secrète fragilité au regard de
l'autre, ne furent pas perçues ? Pierre était de ceux, si rares, qui ne doivent rien à
personne. Est-ce pour cela que certains, à qui tout - ou presque - fut donné,
ne l'épargnèrent pas ? En tout cas lui, fort de sa conviction intime, choisit,
face aux attaques personnelles, de ne pas se défendre. Au plan politique, au contraire, dans les législatives
de 1993, il mit toute son énergie dans une dernière bataille assumant sans
distinction les fautes de quelques-uns, les erreurs et les maladresses de
quelques autres, prenant plus que sa part d'une défaite dont les racines
plongeaient pourtant dans le terreau d'un échec collectif. Pierre était un exemple de la camaraderie qui fait la
chaleur et la force du Parti socialiste. A lui qui ne comptait pas son soutien
aux autres, cette camaraderie fut vers la fin mesurée, alors que le Parti se
repliait dans le désordre. Lui qui n'avait de richesse à défendre que son seul
honneur le fit avec le geste ultime. A 20 heures, le 1er mai 1993, nos concitoyens découvraient
combien ils aimaient Pierre BEREGOVOY, lui qui disait : « On ne gouverne
pas pour plaire ». A la mesure du chagrin et de l'abattement qu'ont provoqués
sa mort, sont apparues à tous les très grandes qualités de Pierre BEREGOVOY.
Un homme simple, proche, disponible - un homme de coeur. Un homme d'honneur . Cette disparition brutale, si injuste, nous a laissés désemparés. Sa femme, Gilberte, ses enfants et ses petits-enfants ont perdu un être cher. Ses proches ont perdu un ami. Les socialistes ont perdu non seulement un responsable expérimenté mais surtout un exceptionnel militant. La République a perdu l'un de ses plus fidèles serviteurs.
Chère Gilberte, chers amis, Pierre BEREGOVOY aurait été heureux, aujourd'hui. Heureux de voir s'achever les chantiers auxquels il a
tant contribué. L'élu local se réjouirait de voir la ville dont il fut l'édile
enfin rendue à ses habitants. Le responsable national se serait réjoui à l'idée
de savoir la France qualifiée pour l'euro, au terme d'un processus dont il fut,
de 1988 à 1993, la pièce maîtresse. Heureux, simplement, de nous voir ainsi rassemblés, à
Nevers, un 1er mai. Rassemblés, nous le sommes avec émotion dans son
souvenir mais aussi avec confiance, imprégnés de l'exemple qu'il nous a donné
par son esprit et son action. |
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