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Pierre Mendès-France
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Intervention du Premier Ministre

à l'occasion de l'inauguration du Centre de conférences Pierre Mendès-France,

le jeudi 1er octobre 1992

 

 Avec Pierre Mendès France c'est l'histoire qui entre ici.

C'est pour moi, et d'abord, l'histoire personnelle : j’ai connu et j'ai aimé Pierre Mendès-France, je n'en dirai pas plus ; sa pudeur y répugnerait, mon émotion me l'interdit.

C'est aussi l'histoire d'une famille politique, celle à laquelle j'appartiens et dont il est une des plus grandes figures, même s’il l’avait rejointe, comme souvent, par des chemins qui lui furent propres. Après tout, on pourrait dire la même chose de Jean Jaurès, de Léon Blum ou de François Mitterrand.

C'est l'histoire d'une génération, dont il traça le chemin spirituel - pour ceux qui épousaient ses idées comme pour ceux qui les combattaient. C'est probablement cet héritage-là qui compte le plus. C'est à cela que je voudrais que pensent tous ceux qui travailleront et se rencontreront ici à l’avenir : l'impératif catégorique de la droiture et de l'intégrité, l'exigence absolue de justice et de compassion humaine, le devoir de vérité. Ces valeurs-là doivent inspirer la politique au sens élevé du terme. Elles doivent inspirer l'Etat et ceux qui s'honorent de le servir, comme en ce ministère qu'il occupa à deux reprises et sur lequel il laisse son empreinte singulière.

Et puis, c'est l'Histoire tout court qui entre en ce lieu [ …]

S'il fallait résumer sa méthode, je dirais : écouter, décider, convaincre. Trois mots inséparables. Ceux qui écoutent ou parlent beaucoup sans jamais décider ne font pas avancer la France.

C'était vrai sous la IVème République, cela le reste sous la Vème. Ceux qui décident sans écouter - ou sans réfléchir - jouent avec la France. Et puis, il faut convaincre : nous l'avons constaté encore récemment.

Le système communiste contre lequel il ferrailla, tout en comprenant le mouvement de l'histoire qui lui avait donné sa force, s'est écroulé, et avec lui les trop tranquilles certitudes de nos sociétés occidentales. La liberté a fini par l'emporter comme le pressentait Pierre Mendès-France. Lui savait qu'il n’y a pas de dogme révélé, qu'il n y a pas de chef incontesté. Il y a la démocratie, avec son débat exigeant, quotidien.

Mais le respect de la démocratie, ce n'est pas la soumission servile à l'opinion, ni le goût de flatter ses réflexes les moins honorables. Le véritable respect de la démocratie, c'est cette alchimie complexe entre la force d'âme et l'humilité attentive.

Accepter les discussions et les remises en cause, les corrections de trajectoire et les ajustements de perspective. Mais ne jamais céder lorsque la liberté et la justice sont en cause. .

Pierre Mendès-France était de cette espèce, précieuse entre toutes, des démocrates rigoureux. Orgueilleux jusqu'à l'intransigeance lorsque l'essentiel était en jeu, modeste et simple pour tout le reste. Il acceptait les compromis, pas les compromissions.

La leçon de Mendès n'a rien perdu de sa fraîcheur, ni de sa force. Le combat contre la facilité et l’injustice est toujours recommandé.

 

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